Alamut, la cité imprenable…

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Alamut, la cité imprenable…

« Mon plan est gigantesque, enchaîna Hassan. J’ai besoin de croyants qui aspireront à la mort au point de n’avoir peur de rien. Ils devront littéralement être épris de la mort ! Je veux qu’ils courent à elle, qu’ils la cherchent, qu’ils la supplient de les prendre en pitié, comme ils feraient d’une vierge dure et peu généreuse. (…) Écoutez !… Notre institution doit devenir si puissante qu’elle puisse tenir tête à tout ennemi, et s’il le faut, au monde entier. (…) Mais pour nous aider à atteindre ce but, il faut que nos croyants soient épris de la mort ! Ainsi leur ferons-nous une grâce particulière en les envoyant à leur perte. Naturellement, ils ne choisiront pas eux-mêmes leur façon d’en finir. Toute mort autorisée par nous devra nous valoir des avantages décisifs. »

                                                                  Alamut, de Vladimir Bartol

Au-delà de sa tour, Hassan ibn Al Sabbah, un mi- sourire aux lèvres, observe ses soldats armés, prêts à l’attaque. Le temps passe et l’ordre n’est toujours pas tombé… A quoi réfléchi le grand maître ?

 

Le château d’Alamut

Alamut est le nom d’une vallée du massif de l’Elbrouz au sud de la mer Caspienne, près de la ville de Qazvin, à 100 kilomètres de l’actuelle Téhéran, dans le nord-ouest de l’Iran actuel.

La « forteresse d’Alamut », souvent appelée simplement Alamut, réputée inexpugnable, se dressait autrefois à une altitude de 2100 mètres au-dessus du village actuellement nommé Gâzor Khân. La forteresse avait été construite en 840 sous la dynastie des Abbassides. Elle a été prise par la suite en 1090 par Hassan ibn al-Sabbah pour servir de base à la secte chiite ismaélienne des Nizârites, aussi appelée Assassins (Hachichin).

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Hassan ibn al-Sabbah, le « vieux de la montagne »

Hassan Ibn al-Sabbah est né vers 1036 dans une famille chiite à Qom (en Perse). Dès son plus jeune âge, il aurait reçu une éducation religieuse rigoureuse et conventionnelle, au sein d’une famille qui pratiquait le chiisme duodécimain, le courant chiite majoritaire. Étudiant en théologie à l’université de Nishapur, en Perse, Hassan y a rencontré deux camarades: Abou Ali Hasan et Omar Khayyam. À eux trois, ils ont décidé d’un pacte qui les lierait à vie: «Celui d’entre nous qui atteindra la gloire et la fortune devra partager à égalité avec les deux autres.»

Abou Ali Hasan deviendra par la suite Nizam al-Mulk, grand vizir de Perse, et Omar Khayyam se distinguera comme l’un des plus grands mathématiciens du Moyen Âge.

Hassan ibn al-Sabbah

Hasan ibn Al-Sabbah, plus ambitieux, accepta une haute charge administrative, mais, pressé « d’arriver », il se mit très vite à jalouser Abou-Ali, s’estimant à un rang trop inférieur par rapport à sa valeur. Laissant souvent libre cours à ses récriminations publiques contre le grand vizir il finit par le lasser. Après maintes disputes, son protecteur se fâcha et ordonna son arrestation. Hasan ibn al-Sabbah ne dut la vie sauve qu’en sautant par une fenêtre et en prenant la fuite. Il retourna à Rey, sa ville natale, où un vieil Ismaélien l’initia dans la doctrine secrète de sa secte.

Hassan ibn al-Sabbah, le « vieux de la montagne » - 2

La prise d’Alamut

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Hassan ibn Sabbah  est à présent un fugitif a la recherche d’un refuge sur.

Il jette son dévolu sur le château isolé d’Alamut dans le Daylam dont la position lui semble particulièrement intéressante pour se réfugier et créer une principauté indépendante. Il décide d’y loger quelques temps, dans l’anonymat, se mêlant un temps aux missionnaires de la forteresse avant de finir par se présenter officiellement au maître des lieux, Mahdi.

Perspicace et fin stratège, mais surtout jeune homme avide de pouvoir, Hassan a rapidement séduit Mahdi. Il a gagné ses faveurs et celle d’une bonne partie des résidents d’Alamût. Peu à peu, la majorité de la population de la forteresse a délaissé le zaïdisme pour embrasser l’ismaélisme. En 1090, avec quelques fidèles, Hassan s’empare d’Alamût sans verser le moindre sang.

Menacé dans son autorité et désavoué, Mahdi a simplement quitté la forteresse, qu’Hassan a par la suite rachetée pour 3.000 dinars d’or.

Hassan ibn Sabbah, conscient de la menace que ses ennemis font peser sur la jeune communauté, ordonne immédiatement la rénovation du château qui était dans un grand besoin de réparations. II fait renforcer les fortifications, améliorer les équipements de stockage et les sources d’approvisionnement en eau. II ordonne également la remise en état et le renforcement du système d’irrigation. II veille à la plantation de vergers et au travail des champs destinent à procurer les ressources alimentaires indispensables à la communauté. Une oasis fertile émerge peu à peu au milieu du paysage minéral de la chaine de l’Elbrouz. C’est ainsi que l’idée se répand que la vallée d’Alamut a été transformée en jardin du paradis d’où la légende édénique dont se fit l’écho le célèbre voyageur vénitien Marco Polo.

Hassan est progressivement devenu celui que l’on appelle le «Vieux de la Montagne», dont la demeure devint le bastion et le centre névralgique des Assassins. Sa secte était progressivement devenue un des groupes les plus redoutés et mystérieux opérant qui opéraient dans le monde arabo-musulman et en Perse en ce temps-là.

 

Des Fedayin prêts à tout…

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Quant à son organisation, Hassan ibn Sabbah a pensé à tout. Du recrutement des apprentis jusqu’à l’attribution des fonctions, tout est méticuleusement réfléchi. Les dai (propagandistes), sont  chargés de l’enseignement de la doctrine ismaélienne et du recrutement de nouveaux adeptes. Les rafiq sont ceux qui commandent les forteresses et dirigent l’organisation de l’ordre. Les mujib ou mourîd sont des novices qui suivent l’éducation ismaélienne, des enfants convertis ou pris aux paysans alentour, appelés à gravir les échelons de l’organisation. Mais le bras armé et l’instrument de terreur par excellence est formé par les exécutants d’élite dits fidaïs (« ceux qui se sacrifient »), des novices fanatisés et préparés à mourir pour la mission que leur confie le Grand Maître.

Mais c’est surtout l’usage du haschich, au cours d’opérations magiques et comme stimulant pour l’exécution des missions périlleuses, qui rendit les fidaïs invincibles.

Le plus souvent consommées sous forme de petites boulettes, elle leur donnait une énergie et une détermination extrême. Hassan confiait trois boulettes au fedaïs en mission, une, qu’ils avalaient le premier soir, une le deuxième et enfin, la dernière juste avant de passer à l’acte. C’est peut-être cette appelation « haschichin » qui est devenu avec le temps le terme que nous connaissons « assasins ». Amin Maalouf (auteur de Samarcande), croit cependant que le mot « assassin » viendrait d’une autre étymologie : de Hassandjin, qui veut dire « djinn de Hassan Es-Sabbah », désignant les fedaïs envoyé par Hassan.

 

Le meurtre, tout un art pour les ismaéliens…

Hassan ne se contente pas du peu, mais veut aller plus loin dans sa mission : semer la terreur partout dans le royaume, au-delà des mers et des continents…

Plusieurs stratégies ont étés mises en place pour mettre atteindre ce but :

1) L’assassinat spectaculaire : La méthode exige que l’acte soit le plus spectaculairement possible. De préférence un jour de marché mais surtout le vendredi, juste après la prière collective, heure de grand rassemblement. « Frapper les esprits », semer la terreur, traumatiser les assistants, tels sont les objectifs du Cheikh al Djabal. Une telle opération exige minutie et préparation. Parfois cette dernière dure jusqu’à deux ans. Les fidaïs se déguisent en marchands, approchent l’entourage de leur future victime et gagnent sa confiance. Jusqu’à ce qu’il leur soit possible de passer à l’action.

2) L’infiltration : Pour créer une illusion d’ubiquité, les assassins tiennent à se montrer partout, surtout là où on ne les attend pas. Ils poussaient leurs missions jusqu’à l’entourage immédiat des princes et des rois, pour mieux les terrifier et les vassaliser par la suite. Qu’on en juge par cette histoire :

« Le sultan Sindjar, qui régnait dans le nord-ouest de la Perse, s’était déclaré l’ennemi des nouveaux sectaires : un matin à son réveil, il trouve un stylet près de sa tête, et au bout de quelques jours il reçoit une lettre ainsi conçue : « Si nous n’avions pas de bonnes intentions pour le sultan, nous aurions enfoncé dans son cœur le poignard qui a été placé près de sa tête. ». Sindjar fit la paix, par crainte, et accorda à Hassan, à titre de pension, une partie de ses revenus. »

3) La superstition : Faire croire, faire circuler une quantité incroyable de légendes à la fois terrifiantes et hagiographiques sur eux, telle fut l’autre stratégie des Assassins. Cette activité fut si bien menée qu’on ne pouvait, de leur vivant même, distinguer la vérité du tissu de récits fictifs, de croyances et de superstitions les entourant. On dit par exemple que Saladin avait décidé de les laisser tranquille envoyant un soir Sinân en personne à l’intérieur de sa tente bien gardée. Cette autre arme fut autrement plus efficace dans les cours d’Orient…

 

La mort de Hassan ibn al Sabbah

C’est au printemps 1124 que la mort rattrapera Hassan. Il tombe malade en mai. Conscient que sa fin est proche, il confie les rênes du pouvoir à son lieutenant Buzrug Ummid. Il nomme également trois sages, Didar Abu Ali Ardistani, Hassan Qasrani et Ba Jafar pour assister Buzrug Ummid jusqu’au moment où l’imam reviendra diriger son royaume. Apres avoir règne sur le petit royaume nizarite durant trente-cinq ans, le maitre d’Alamut meurt en mi- juin. Il est alors âgé de 90 ans. Ses successeurs poursuivront son action durant de longues années encore et les meurtres politiques vont continuer à terroriser les puissants, Musulmans et Chretiens.

 

Une fin aux mains des mongols

mongol

Les Assasins menèrent plusieurs tentatives d’assassinat infructueuses contre le petit-fils de Gengis Khan (voir article sur Samarcande), Houlagou. Celui-ci était décidé de les rayer de la surface de la terre. En 1255, le dévastateur mongol assiège Alamut et finit par avoir raison de ses occupants. Il capture en 1257 le Grand Maître de l’époque, auquel il réserva le supplice d’être écorché vif, massacra ses adeptes et détruisit toute l’infrastructure ismaélite, y compris leur précieuse bibliothèque. Les autres places fortes tombèrent dans les mêmes conditions. Quelques Assassins ont continué à survivre, sans grande influence. Malheureusement, l’ouragan mongol continua vers Bagdad, qu’il mit à feu et à sang pour liquider aussi la dynastie des Abbassides.

Lecture recommandée :

Alamut de Vladimir BARTOL

Author: adminopera

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