La ville de Samarcande 

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« Et maintenant, promène ton regard sur Samarcande ! N’est-elle pas reine de la Terre ? Fière, au- dessus de toutes les villes, et dans ses mains leurs destinées ? » Edgar Allan Poe. (1809-1849)

Samarcande (ou Samarkand, en Persan, en Ouzbek : Samarqand, en Grec : Marakanda ou Maracanda) est aujourd’hui la deuxième plus grande ville en Ouzbékistan et la capitale de la province de Samarcande.

Célèbre carrefour de la Route de la Soie, mais aussi berceaux des civilisations d’Asie Centrale, Samarcande est une ville antique, culturelle et historique.

La ville a été fondée en VIIe siècle avant l’ère chrétienne sous le nom d’Afrasyab, Samarcande et connut son apogée à l’époque timouride, du XIVe au XVe siècle. Riche en monuments historiques, elle a été proclamée en 2001 par l’UNESCO carrefour de cultures et site du patrimoine mondial.

Samarcande, la magie d’un nom…

Ville des écrivains et destination des voyageurs, telle est Samarcande, une des plus anciennes villes du monde âgée de  2750 ans, aussi ancienne que Rome, Athènes ou Babylone. Située à l’un des carrefours du commerce international en Asie centrale, sur l’itinéraire de la Route de la Soie, elle possède un grand marché où des nomades de la steppe apportent, outre les produits de leurs troupeaux, l’or et les pierres précieuses. Son nom sonne comme une promesse : celle de splendeurs venues d’ailleurs, ruisselantes d’une atmosphère chaleureuse, renvoyant aux récits des explorateurs et aux mythologies exotiques de la Route de la soie.

Connue autrefois sous le nom de « Marakanda » à l’époque d’Alexandre le Grand, on lui donne aujourd’hui comme origine étymologique : « lieu de la rencontre » ou « lieu du conflit ».  Elle fût très souvent source d’inspiration de poètes et écrivains qui lui attribuèrent les plus belles interpellations : «l’Éden de l’Est», «la Face de la Terre», «la perle Précieuse du monde oriental», «La beauté des pays sublunaires» ou encore «Rome de l’Est».

Une histoire mouvementée

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L’histoire de Samarcande part en profondeur des millénaires qui remonte à l’air des Sogdiens au I er millénaire av. J.-C, un peuple scythe qui s’était sédentarisé dans la région. Ce peuple a donné son nom à la Sogdiane, une importante province d’Asie centrale dont Samarcande sera la capitale politique, culturelle et commerciale au long des siècles. Elle fit alors partie de l’empire achéménide, puis de celui d’Alexandre le Grand. Elle devint un axe majeur dans le commerce de la soie au IIème siècle après J-C. La ville fut occupée par les Samanides d’Iran puis les Turcs avant d’être dévastée par l’invasion mongole de Genghis-Khan en 1220 mais malgré ces invasions dévastatrices, elle s’est toujours relevée pour renaître plus belle encore…

Grâce aux efforts de Timur Lang, plus connu sous le nom de Tamerlan, elle fut reconstruite et devint la capitale du puissant Etat de Timur, gardienne des richesses matérielles de l’empire. Elle demeura le centre culturel des Timurides jusqu’à la fin du XVème siècle, sous le règne d’Ulug Beg (1409 – 1449) et de ses successeurs. C’est à cette époque que la ville connut son apogée et que la majeure partie de ses monuments furent édifiés. A partir du XVIème siècle, Samarcande perd progressivement de son importance, malgré quelques constructions notables entreprises au XVIIème siècle. L’invasion russe de 1868 relégua la ville au statut de capitale provinciale et favorisa le développement de la ville moderne.

 

Une architecture sans égal…

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Samarcande, c’est aussi l’art de l’architecture médiévale qui reflète la finesse de ses formes et la richesse de ses couleurs. Chakhi-Zinda, un ensemble unique des sépultures (1370-1449), situé non loin de Samarcande. Il reflète toute la beauté de l’art céramique de toute l’Asie Centrale. On y retrouve de nombreux tombeaux destinés aux membres féminins de la famille de Tamerlan et à ses généraux. Tous les bâtiments reflètent une décoration riche d’architecture : un revêtement de céramique à motifs à relief, un très beau portail de majoliques, des fresques à motifs de gravure, des panneaux sculptés et émaillés de terre cuite.

Réghistan est la belle combinaison de majolique et de la mosaïque turquoise. Il est sur la liste des plus belles places du monde entier et on l’appelle la perle de l’Asie Centrale. La place a obtenu cette gloire grâce aux monuments uniques de l’architecture médiévale de l’Orient qui l’entourent de trois côtés : la médersa d’Oulougbek (1417 – 1420), la médersa Cher-Dor (1619-1636) et la médersa Tilla-Kari (1646-1647). C’est un ensemble le plus glorieux parmi les autres constructions du monde islamique.

Berceau de l’art et de la science…

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Après le fort déclin qui suivit la conquête Mongole, le renouveau amorcé  sous  Timour, s’est concrétisé  par un très important essor intellectuel en Transoxiane au temps d’Ulugh Beg, dont la renommée s’est répandue en Asie puis en Europe via l’Espagne, grâce aux travaux de la Madrasa et de l’Observatoire de Samarcande, ses chef-d’oeuvres.

À chaque conquête, il déportait les savants, lettrés et artisans vers la capitale de l’empire, Samarcande, qui retrouva sa splendeur d’antan.

La majeure partie de l’enfance d’Ulugh Beg se passa en tribulations en Asie centrale, au gré des conquêtes de son grand-père qu’il accompagnait dans ses campagnes. Quand Chah Rukh succéda à Tamerlan en 1408, il fit nommer Ulugh Beg, à peine âgé de 16 ans, gouverneur de Samarcande.

Contrairement à son grand-père, le jeune prince ambitionna moins la conquête de territoires que celle de la science et des arts. Son éducation avait en effet été confiée à l’astronome et mathématicien Qadi-Zadeh, venu d’Anatolie. Ce dernier sut développer le goût de l’étude et de la réflexion chez son élève, lequel se révéla prodigieusement doué dans toutes les disciplines de l’esprit, de l’astronomie aux mathématiques en passant par la musique, la poésie et la calligraphie. Par la suite, Ulugh Beg fit construire trois madrasas (l’équivalent de nos universités), la plus grande sur la splendide place du Registan, à Samarcande.

Son observatoire constitue une des plus grandes constructions de son temps.

Construit de 1420 à 1429 ap J.C., sur la colline Kohik au nord de Samarcande, l’Observatoire de Samarcande a périclité dès la mort d’Ulugh Beg, et a été probablement détruit au 16ème.  Il ne fut redécouvert qu’en 1908. L’instrument d’astronomie le plus important de l’observatoire était un sextant, le plus grand instrument de mesure  méridienne jamais construit, orienté selon le méridien, qui permettait de mesurer la position des astres au-dessus de l’horizon et leur passage au méridien.

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Parmi les nombreux savants qui ont fait escale dans la ville, on peut citer Omar Khayyam, grand mathématicien et astronome du 11ème siècle.

Né en 1048 à Nichapour et mort en 1131, il mena avec Abd-al-Rhaman al–Khazini des travaux d’astronomie (tables Malikshah). Il contribua à l’adoption du célèbre calendrier Jalali en Perse en 1079. Il étudia les équations du 3ème degré et dirigea l’observatoire, construit à Bukhara (ville d’Ouzbékistan située au centre-sud du pays).

Ibn Battuta, grand explorateur et voyageur marocain, séjourne à Samarcande (vers 1335). À cette époque, Samarcande n’était pas encore reconstruite. Il décrit des monuments qui n’existent plus :

« Je me dirigeai vers la ville de Samarcande, une des plus grandes, des plus belles et des plus magnifiques cités du monde. Elle est bâtie sur le bord d’une rivière nommée rivière des Foulons, et couverte de machines hydrauliques, qui arrosent des jardins. C’est près de cette rivière que se rassemblent les habitants de la ville, après la prière de quatre heures du soir, pour se divertir et se promener. Ils y ont des estrades et des sièges pour s’asseoir, et des boutiques où l’on vend des fruits et d’autres aliments. Il y avait aussi sur le bord du fleuve des palais considérables et des monuments qui annonçaient l’élévation de l’esprit des habitants de Samarcande. La plupart sont ruinés, et une grande partie de la ville a été aussi dévastée. Elle n’a ni muraille ni portes. Des jardins se trouvent compris dans l’intérieur de la ville. Les habitants de Samarcande possèdent des qualités généreuses, et ont de l’amitié pour les étrangers ; ils valent mieux que ceux de Boukhara ».

Ibn Battouta (1304-1368) Voyages (Tome II).

Pour aller plus loin :

Samarcande, de Amin Maalouf.

Article rédigé par la rédaction d’Opéra

Author: Sohayla El guenfoud

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