Le régime de Vichy à travers les figures de Pétain et Laval

Categories: Uncategorized

La France est un pays de changement. Son peuple est en quête d’une République, le pays a donc connu une révolution. Il y a eu ensuite la mise en place d’un régime autoritaire différent du précédent. Enfin, une autre révolution a lieu avec la remise en place d’une monarchie. Alors que tous croyaient enfin que la France avait trouvé un semblant d’équilibre à travers la troisième République ; régime novateur : laïque, enseignant, profondément démocratique ; tout bascula lorsque la guerre éclata. Les Français perdirent la bataille, permettant à un régime à l’opposé de la république de naître : le régime de Vichy, aussi appelé l’État Français.

Nous allons donc aborder la politique du régime de Vichy, mais avant toute chose, afin de mieux comprendre la création et les actions menées par le régime de Vichy, il est nécessaire de faire un point sur ses deux dirigeant : Philippe Pétain, chef aux pleins pouvoirs et Pierre Laval, l’homme de l’ombre.

 

  1. Philippe Pétain

Philippe Pétain, aussi appelé le maréchal Pétain, né le 24 avril 1856 dans le Pas-de-Calais et mort le 23 juillet 1951 à Port-Joinville, sur l’île d’Yeu (Vendée), est un militaire, diplomate et homme d’État français. Il est surtout connu pour avoir été le chef du régime de Vichy. Il descend d’une famille catholique dont beaucoup de membres ont été soldats ou Abbés. Un de ses ancêtres a notamment été canonisé. 

Pétain est un chef militaire connu pour son importance au cours de la Première Guerre mondiale, ainsi on le dit « vainqueur de la bataille de Verdun ». Il est nommé maréchal de France en novembre 1918, soit la plus haute distinction militaire française. Son prestige se renforce dans l’entre-deux-guerres, ce qui lui permet de devenir ministre de la Guerre de février à novembre 1934 ainsi qu’ambassadeur de France dans l’Espagne du général Franco en 1939.

Cependant le 17 mai 1940, après le début de l’invasion allemande, Pétain est rappelé au gouvernement où il s’oppose à la poursuite de cette guerre qu’il considère comme perdue. Il devient président du Conseil le 16 juin et signe l’armistice le 22 juin 1940 avec l’Allemagne nazie à Rethondes, dans un wagon de train. Il obtient les pleins pouvoirs constituants grâce à l’Assemblée nationale le 10 juillet 1940. Le 11 juillet, il se donne le titre de « chef de l’État français » qu’il garde durant l’occupation allemande. Il installe le gouvernement à Vichy. Il est alors à la tête d’un régime autoritaire où il abolit les institutions républicaines, les libertés fondamentales et instaure des lois antisémites. L’Etat français collabore alors avec l’Allemagne.

En juillet 1945, Pétain est jugé pour intelligence avec l’ennemi et haute trahison par la Haute Cour de justice. On lui confisque ses biens et il est condamné à la peine de mort mais la cour recommande la non-application de cette dernière en raison de son grand âge. Il est donc emprisonné à perpétuité par le général de Gaulle, alors chef du gouvernement provisoire de la République française. Il meurt sur l’île d’Yeu à 95 ans durant sa détention et où il est enterré.

 

  1. Pierre Laval

L’un des rôles clef dans la création et les agissements du régime de Vichy est détenu par Pierre Laval. Fils d’un aubergiste, Laval, qui a accès à l’éducation, finit par s’orienter dans des études de droit. Il devient avocat et œuvre pour les pauvres, à Paris. Pacifiste et socialiste, il soutient la CGT. A la suite de quelques affaires, il finit par être reconnu et se lance en politique, en tant que membre de la SFIO. Suivant quelques essais infructueux, il devient député à seulement 31 ans. En 1923, après s’être séparé de la SFIO, il devient maire d’Aubervilliers en tant que membre du cartel des gauches et conserve cette charge jusqu’à la Libération. Devenu dans le même temps sénateur, Laval continu une carrière personnel ; grand avocat, il se révèle aussi un bon homme d’affaire, rachetant des imprimeries, des radios et des journaux régionaux. Leur contrôle permet à Laval d’inciter les populations à rompre avec le socialisme.

Pierre Laval a aussi été plusieurs fois membre du gouvernement ; ministre des travaux publiques chez Painlevé, de la justice chez Briand (gauche), du travail chez Tardieu (droite) et enfin ministre des affaires étrangères chez Lebrun. On peut retenir de ces mandats le vote des Assurances sociales, et un pacifisme prononcé illustré par un désir d’alliance avec les trois totalitarismes du début du siècle. Suite à la crise de 29, Laval est réélu président du conseil. Il met alors en place une politique déflationniste plus ou moins probante, comportant notamment une hausse arbitraire des salaires. S’en suit alors une vague de contestations, retranscrites dans la presse. Lui qui a bénéficié d’une forte popularité à ses débuts, aussi bien dans le milieu politique que personnel, voit sa notoriété diminuer, surtout en période d’avant-guerre. La cause ? Son enrichissement et sa politique déflationniste. Écarté du gouvernement jusqu’en 1940, il tirera de cette impopularité la certitude du bien-fondé de son jugement face à tous les autres, et plus particulièrement face à ses détracteurs. Cette mise au placard favorisera également le rapprochement de Laval et des dictatures européennes.

Grâce à la seconde guerre mondiale, Laval revient sur la scène du pouvoir. Dès le début de la drôle de guerre, il tente une autre alliance avec l’Italie, qui d’après lui permettrait la paix. Son projet échoue finalement. Laval cherche alors à mettre Pétain au pouvoir par tous les moyens. Sa stratégie est une réussite, mais ce n’est qu’après l’armistice le 23 juin 1940 qu’il entre officiellement au gouvernement pétainiste, en temps que ministre de la justice. Quand le 1er juillet 1940, le gouvernement se déplace à Vichy, Laval commence à œuvrer pour offrir les plains pouvoir au maréchal Pétain. En effet, pour lui, la nation vaincu ne doit pas être revancharde et doit faire preuve de bonne volonté face au vainqueur. Le maréchal Pétain devient alors le symbole d’un autoritarisme de bonne volonté, capable de rallier une majorité de français. Laval est ensuite nommé vice-président du conseil et dauphin du maréchal, deux jour après que celui-ci soit devenu le chef législatif et exécutif de l’État Français. Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Laval à un rôle de premier plan concernant la politique étrangère. Il suit vaguement les réformes qui mettent en place l’idéologie de Vichy. Il est hostile à la démocratie mais non à la République. Le 22 octobre 1940, attiré par une fausse affirmation (La France aurait une place privilégiée dans l’Europe nazie) Laval rencontre Hitler à Montoire, mettant en place une étroite collaboration avec l’Allemagne. S’en suivent alors plusieurs rencontre entre les membres clefs de l’Etat français et les membres clefs du parti nazi, pour mettre au point les conditions de cette collaboration. Pour favoriser la bonne entente entre l’Allemagne nazie et la France, Laval fait plusieurs dons de valeur économique importante, et ce sans contrepartie.

Cependant ! Le 13 décembre 1940, Laval se fait limoger par Pétain. Celui-ci est jaloux de son influence, de son arrogance et préfère faire évoluer son gouvernement sans lui. Néanmoins, cela ne coupe pas les relations que Laval entretient avec l’Allemagne, puisqu’il part vivre en zone allemande, sous protection de l’armée nazie. Ce n’est que le 17 avril 1942 que Laval retourne au pouvoir. Ses pouvoirs sont quasiment infinis et il œuvre de plus en plus activement dans la collaboration, jusqu’à la Libération.

 

Maintenant que nous nous sommes penchés sur les parcours des deux figures de proue de l’Etat Français, nous allons expliquer ce qu’est le régime de Vichy à travers sa création, sa législation et les actes effectués.

 

  1. La création de l’Etat français

 

Lorsque la Pologne est attaquée, la France décide d’entrer en guerre face au IIIe Reich au coté de la Grande-Bretagne le 3 septembre 1939. Quelques mois plus tard, en mai 1940 la France est attaquée par les nazis. Cette drôle de guerre signe le début de l’invasion et de l’occupation de la France. Le gouvernement migre alors à Bordeaux. Paniqués, les politiques et militaires ne savent que faire : continuer la guerre ou signer l’armistice ? Les partisans de l’arrêt de la guerre finissent donc par remporter le combat. Le 16 juin 1940, le maréchal Pétain est nommé président du conseil. Il fonde alors un nouveau gouvernement et annonce la signature prochaine de l’armistice, qui aura lieu le 22 juin 1940. Une fois cet acte signé, la France est morcelée en plusieurs territoires, dont deux principaux : la zone occupée et la zone libre. Les clauses de l’armistice stipulent également que même si la France garde un semblant d’autorité sur son administration et sur ses citoyens, l’Allemagne occupante lui est supérieure.

En Juillet 1940, le gouvernement pétainiste fait de Vichy sa capitale. Le 10 de ce mois, le maréchal Pétain obtient par vote de l’Assemblée nationale (composée du sénat et des députés) les pleins pouvoirs. Il devient alors à 84 ans le chef autoritaire de l’Etat-Français. Pour asseoir la légitimité du régime de Vichy sur le peuple français, les pétainistes procèdent à ce qui est appelé la « révolution nationale ». Cette révolution nationale est désignée par le maréchal comme «un redressement intellectuel et moral », et consiste en une suite de réformes qui instaurent les valeurs du régime. Le 15 septembre 1940, la devise de la République française, « liberté, égalité, fraternité » devient « travail, famille, patrie », à l’image des valeurs prônées par le maréchal. Le symbole de la monnaie et des timbres est également modifié : les pièces portent une double hache entourée d’épis de blés, et les timbres sont illustrés du visage de Pétain. Avec la révolution Nationale, la France renvoie une image paysanne et religieuse. On commence dès 1940 une chasse aux francs-maçons et une politique antisémite.

De plus, si la République avait souhaité être laïque et donc se séparer de l’influence du clergé, le régime de Vichy effectue un retour au pouvoir cléricale. L’Etat et le clergé vont de nouveau de paires ; on retrouve des membres du clergé dans les cérémonies officielles, l’enseignement par les prêtres est ré-autorisé et des mouvements de jeunesse cléricaux sont à nouveau organisés. Cependant, il faut noter que certains membres de l’Eglise n’adhèrent pas au régime de Vichy.

 

  1. Actes et législation

 

Dès la signature de l’armistice le 22 juin 1940, le gouvernement de Vichy entre dans un début de collaboration avec l’Allemagne nazie. En effet le sort des personnes capturées, déplacées ou occupées est établi et la neutralisation des forces françaises, le paiement de compensations économiques à l’Allemagne et la séparation de la France en deux y est aussi compris. Ainsi une collaboration économique, policière et militaire est mise en place. De plus les deux gouvernements sont en constante relation, notamment sur la question juive. De ceci résulte des espoirs de concessions entre l’Allemagne et la France que certains membres du gouvernement de Vichy avaient. Mais ces concessions faites par la France n’obtiennent jamais les contreparties souhaitées.

La collaboration économique se fait dans un premier temps avec le remboursement de la dette de guerre fixée à l’armistice de juin 1940. Cependant les Allemands décident arbitrairement du taux du Franc par rapport au Mark au cours des ans. Cette dette représentait la somme nécessaire à l’entretient des troupes d’occupations en France et elle s’élevait à 400 millions de francs par jour en moyenne. De plus, la France autorise les entreprises à accepter des contrats allemands. Ces contrats relancent l’économie française ce qui fait baisser le nombre de chômeurs de 1 million à 125 000 en 1942. L’agriculture et l’industrie française travaillent en grande partie pour le compte de l’Allemagne.

Mais la collaboration est aussi militaire et policière. En effet, Vichy créé plusieurs corps de police spécialisé comme le Service de police anticommuniste (SPAC) ou la Police aux questions juives (PQJ), et le ministre de l’Intérieur Pierre Pucheu crée dès 1941 les Groupes mobiles de réserve (GMR) qui participent à la lutte contre les résistants aux côtés de la Milice. Et en 1942, le général Carl-Heinrich Von Stülpnagel a sur les services français un droit d’autorité et de surveillance et décide de l’emploi des forces de police françaises en zone occupée. De plus les forces policières françaises sont utilisées par les Allemands pour les arrestations, et notamment celles des juifs pendant les rafles. Du coté militaire, Hitler ne veut pas de collaboration militaire entre la France et l’Allemagne car il se méfie des Français. Cependant, le gouvernement de Vichy pratique la collaboration d’Etat dans le but d’obtenir pour la France un rôle de second dans l’Europe de l’« ordre nouveau » d’Hitler. C’est pourquoi l’armée française après la signature de l’armistice est limitée à 100 000 hommes en métropole, mais elle comprend 450 000 hommes dans les diverses colonies.

La collaboration entre la France et l’Allemagne trouve aussi sa place dans l’antisémitisme du parti nazi. Beaucoup de lois et d’actions antisémites sont mises en place durant l’occupation et stigmatisent la population juive française.

1 juillet 1940 : 7 000 juifs perdent la nationalité française

Le 23 septembre 1940: le Chef de l’administration militaire allemande en France promulgue une ordonnance qui interdit aux Juifs qui ont fui la zone occupée d’y retourner, oblige les commerces juifs de la zone occupée de se signaler par une affiche spéciale, et oblige les Juifs de la zone occupée à se faire recenser auprès de leur sous-préfecture avant le 20 octobre 1940.

2 octobre 1940 : premier statut des Juifs. Les citoyens juifs français sont exclus de la fonction publique et des professions libérales. Ils ne sont plus reconnus comme des français à part entière.

3 octobre 1940 : ouverture du camp de Drancy.

29 mars 1941 : création du Commissariat général aux questions juives.

13 mai 1941 : dans la zone occupée les premières rafles de Juifs étrangers sont organisées par la préfecture de police.

2 juin 1941 : deuxième statut des Juifs. Durcissement de la définition du Juif, allongement des interdictions professionnelles, et obligation de se faire recenser en zone libre.

5 aout 1941 : 4 232 juifs étrangers sont arrêtés et enfermés dans le camp de Drancy.

Du 5 septembre 1941 au 15 janvier 1942, se tient au Palais Berlitz, boulevard des Italiens à Paris, une exposition antisémite intitulée : « Le Juif et la France ». Cette exposition de propagande tente de justifier l’antisémitisme de Vichy. L’inauguration de l’exposition est diffusée par les Actualités mondiales, le 12 septembre 1941. L’exposition est ensuite envoyée à Bordeaux et à Nancy.

7 février 1942 : couvre feu pour les juifs, interdiction de sortir des domiciles entre 20h et 6h du matin.

mai 1942 : port de l’étoile jaune obligatoire (application le 7 juin) en zone occupée.

10 juillet 1942 : certains lieux publics sont interdits aux juifs (cinémas, restaurants, parcs …)

16-17 juillet 1942 : rafle du Vel’ d’Hiv à Paris, arrestation de 13 152 Juif (4 115 enfants, 5 919 femmes et 3 118 hommes). Les enfants juifs de moins de 16 ans déportés l’ont été sous la demande de Pierre Laval qui invoque une raison « humanitaire » ; pour ne pas séparer les familles.

8 septembre 1943 : capitulation de l’Italie conduisant à l’occupation de la zone italienne (Nice) jusqu’alors épargnée par les rafles.

août 1944 : les derniers convois de juifs partent pour l’Allemagne juste avant la libération de Paris.

Le régime de Vichy a une place importante dans l’extermination des juifs en France dû sa collaboration avec l’Allemagne Nazi. Au final c’est un quart de la population juive en France qui est exterminée.

 

La propagande a elle aussi une grande importance tant dans l’antisémitisme du régime que dans le culte du Maréchal Pétain. Ainsi l’exposition « Le juifs et la France » qui est présentée comme une entreprise d’éducation populaire en est un exemple flagrant. La propagande, considérée comme de la publicité à cette époque est largement utilisée pour dénoncer les juifs, les communistes et les alliés, ennemis du Reich et pour glorifier le Marechal et l’Etat Allemand. On peut donc retrouver des images du Maréchal vainqueur de Verdun et héro de guerre partout, des timbres jusqu’aux calendriers. De plus Pétain exige aussi un serment de fidélité des fonctionnaires à sa propre personne. L’Allemagne a elle aussi un rôle dans la propagande ; l’ambassade allemande possède sa propre édition de journaux. C’est ainsi que le commandement militaire allemand met en place la « Propaganda abteilung » le 18 juillet 1940. Celle-ci censure la presse écrite, la radio, la littérature, le cinéma et l’ensemble des manifestations culturelles et bénéficie de larges moyens.

 

  1. La fin d’un régime

Cependant, Vichy connu sa chute assez promptement. En effet, la résistance ayant gagnée en partisans aussi bien à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur et soutenue par ses alliés, décide de débarquer et de libérer le pays le 6 juin 1944. Les hommes repoussent peu à peu l’occupant et la Milice française, pour permettre au gouvernement provisoire français (GPF) de s’installer en France et de commencer à agir. Le maréchal Pétain et Laval commencent alors à chercher une solution au problème « résistant » : Ils essayent de détourner les français des libérateurs, ils cherchent à entrer en contact avec les Alliés et inventent même de drôles de stratégies parlementaires !

La véritable fin du régime de Vichy commence le 9 août 1944, quand le GPF publie une ordonnance (toujours valable de nos jours) rétablissant la République de manière permanente et condamnant et niant respectivement tout actes et réformes effectués par l’État Français. Le 17 août 1944 Laval tente de faire subsister Vichy en organisant un conseil des ministres. Par la suite il se démet de ses fonctions et est transporté avec Pétain (contre la volonté de ce dernier) en zone allemande par les nazis. Leurs départs et la Libération de Paris mettent définitivement fin au régime de Vichy. Malgré cela, une commission gouvernementale est créée à Sigmaringen, lieu où se situent tous les anciens membres de l’Etat Français. Elle est dirigée par Fernand de Brinon et reste en place jusqu’en 1945. Laval et Pétain gardent cependant leurs distances avec cette commission, qui prend fin lorsque les alliés prennent la ville.

Pour finir, les cadres du régime de Vichy ont ensuite été conduits en justice, puis pour certains condamnés à mort.

 

  1. Le procès de Pétain

Le 23 juillet 1945 débute le procès du maréchal Pétain devant la Haute Cour de justice. Le 15 août 1945, il est reconnu coupable d’intelligence avec l’ennemi et de haute trahison. Il est condamné à la peine de mort et à la confiscation de ses biens. Cependant cette peine n’est pas appliquée en raison de l’âge avancée du maréchal (sous la demande du Général de Gaulle). Le maréchal Pétain est alors incarcéré au Fort de la Citadelle de l’île d’Yeu en Vendée à perpétuité. Sa santé décline à partir de 1951. Il est alors transféré dans un établissement hospitalier de Port-Joinville où il meurt le 23 juillet 1951. Il est inhumé dans le cimetière marin de l’île d’Yeu.

Durant son procès Philippe Pétain est vêtu de sa tenu de militaire et commence son discours par : «  J’ai passé ma vie au service de la France » et le terminant par « Ma vie m’importe peu, j’ai fait à la France le don de ma personne ; c’est à cette minute suprême que mon sacrifice ne doit plus être mis en doute. » Cependant Mornet, le procureur général, accuse le Maréchal d’avoir pris « le pouvoir pour instituer un régime sur le modèle de Franco, en utilisant les services de celui-ci et, au besoin, l’appui d’Hitler (…) lequel s’était montré favorable au projet des conjurés, leur avait même fourni un concours financier, en même temps que promis un appui militaire ». Mornet conclu en accusant Pétain d’avoir « entretenu des intelligences avec l’ennemi, en vue de favoriser ses entreprises en corrélation avec les siennes. Crime prévu par les articles 87 et 75 du code pénal ».

Malgré tout Pétain n’est jamais reconnu coupable d’avoir persécuté les juifs, en effet cela n’a jamais été un chef d’accusation. A la libération, la France était considérée comme une France résistante et non collaboratrice. Il faut attendre Jacques Chirac pour reconnaître enfin le rôle de la France dans l’extermination des juifs.

 

  1. Procès de Laval

Pierre Laval fut bien-entendu appelé à la barre pour répondre de ses crimes, le 4 octobre 1945. Inconscient de la gravité de ses actes, il s’attendait à reprendre bientôt sa carrière politique. Cependant, il comprit vite la teneur de ses fautes ; l’impopularité acquise durant l’Occupation rejaillit avec force sur lui, durant son audience. Les jurés, certains anciens collègues parlementaires, le huèrent ; ses avocats refusèrent de le défendre, ses arguments n’étaient pas ou peu pris en compte. Bêtes et ongles, Laval défendit le bien-fondé et la justesse de ses décisions politiques, expliquant qu’il n’a fait que servir son pays et protéger ses citoyens. Pour ce faire, il a usé de différents procédés tels l’ironie, contre-attaquant avec vigueur les accusations des jurés. Finalement, lassé des injures, Laval à finit par ne plus assister aux audiences. Le procès fut donc terminé en quelques jours, fort rapidement.

Pierre Laval est condamné à mort le 9 octobre 1945 pour Haute-Trahison, complot contre la sureté intérieur de l’Etat, et à l’indignité nationale. Après avoir tenté de se suicider en ingérant du cyanure, Laval fut soigné, et lorsqu’il fut sur pieds, il fut conduit au peloton d’exécution le 15 octobre 1945.

Pierre Laval fut d’abord inhumé dans une fosse commune à Paris puis finalement enterré dans un cimetière à Montparnasse.

Si de nombreuses révisions du procès du maréchal Pétain ont été demandées, il n’y en a eu aucune pour Laval, même si son gendre et son chef de cabinet n’ont cessé de militer pour préserver sa mémoire.

Pour conclure ce procès, je souhaiterai ajouter deux citation qui permettent pour l’une de mieux comprendre le personnage de Laval, et pour l’autre la manière dont a été traité son procès.

Le général de Gaulle dans le deuxième tome de ses Mémoires de guerre : « Porté de nature, accoutumé par le régime, à aborder les affaires par le bas, Laval tenait que, quoi qu’il arrive, il importe d’être au pouvoir, qu’un certain degré d’astuce maîtrise toujours la conjoncture, qu’il n’est point d’événement qui ne se puisse tourner, d’hommes qui ne soient maniables. Il avait, dans le cataclysme, ressenti le malheur du pays mais aussi l’occasion de prendre les rênes et d’appliquer sur une vaste échelle la capacité qu’il avait de composer avec n’importe quoi […] Il jugea qu’il était possible de tirer parti du pire, d’utiliser jusqu’à la servitude, de s’associer même à l’envahisseur, de se faire un atout de la plus affreuse répression. Pour mener sa politique, il renonça à l’honneur du pays, à l’indépendance de l’État à la fierté nationale […] Laval avait joué. Il avait perdu. Il eut le courage d’admettre qu’il répondait des conséquences. »

« L’affaire Laval a été abominable, abominable en ce sens que l’instruction a été bâclée au vrai sens du mot. Le procès a été mal conduit. Il n’a pas disposé des garanties nécessaires ; je suis le premier à le reconnaître. Mais cela ne veut pas dire que Laval était un innocent. Si on disposait maintenant du temps nécessaire — fût-ce un an, deux ans, trois ans — pour réexaminer un à un tous les arguments et tous les moyens de défense de Laval, on arriverait à la même condamnation, la seule qui s’imposait : la mort ! »

— Pierre-Henri Teitgen

 

C’est ainsi que ce termina l’une des pages les plus sombres de l’histoire de France. L’histoire d’une dictature, semblables à celles de l’Europe du même siècle ; l’histoire de deux hommes qui ont œuvrés pour la confection d’un État de leur idéal. Mais cette période, de 1940 à 1945, est aussi une histoire de résistance, de courage, c’est l’histoire de la France résistante et du soulèvement, et enfin, l’histoire de la victoire de la liberté.

 

Camélia Cugno

Author: Camélia Cugno

Laisser un commentaire

AlphaOmega Captcha Classica  –  Enter Security Code