L’expérience du passé sert-elle à vivre le présent, et à construire l’avenir ?

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Introduction

L’expérience est un vécu qui laisse son empreinte dans  « ce temps qui s’écoule et qui ne s’arrête qu’avec la mort » et c’est très bien (Jean d’Ormesson).

Nous sommes à la fin de l’année et c’est l’époque favorable pour ce genre de question… C’est le temps des bilans de l’année écoulée, afin d’en tirer  des leçons pour l’année qui vient, c’est le temps des bonnes résolutions, de l’espoir, on se met à rêver, c’est l’époque des vœux…

Il est mis beaucoup de réserve quand à la valeur accordée à l’expérience : des auteurs expriment leur  scepticisme : « L’expérience est un cadeau utile qui ne sert à rien ». (Jules Renard), « L’expérience ressemble à un cure-dents, personne ne peut s’en servir après vous » (Paul Valéry), ou « Une mauvaise expérience vaut mieux qu’un bon conseil » (?).

 

Débat

– Le mot expérience a une dimension souvent liée à la science, à tous ces progrès technologiques qui sont la somme de  tous les savoirs, de toutes les expériences du passé, elle en est le prolongement… Mais avons-nous dans le domaine social su tirer profit aussi utilement des expériences du passé ?
– Le prix de notre «  humanité » est aussi de ne pas réellement apprendre que par l’expérience, « l’homme est le seul animal capable de butter plusieurs fois sur la même pierre », l’animal qui lui, n’évolue pas socialement, conserve toute sa vie les leçons de ses expériences, et même parfois il les transmet à ses descendants, c’est l’instinct que nous avons perdu et qui nous astreint à l’analyse, à la mémorisation, à la transmission des expériences…
– Si le domaine scientifique est effectivement celui qui a su cumuler les expériences, on sait qu’on ne peut pas laisser aux seuls scientifiques le soin de tirer les leçons et d’engager l’avenir, « La science ne pense pas », la science n’est pas morale, on ne parle dans ce cas que d’éthique. Il appartient aux sociétés de mesurer, de juger ; n’oublions pas Hiroshima…
– L’expérience scientifique n’est validée que si elle reproductible à l’infini, ou sur une durée appréciable (théorie quantique…,), si les expériences humaines étaient tout aussi transmissibles, nous nous serions peut-être approchés de la « perfectibilité » !
– On apprend aussi par l’échec, les expériences malheureuses. Paradoxalement Hiroshima a eu un tel impact sur tous les peuples que le nucléaire est devenu « arme de dissuasion », et a peut-être éviter des guerres avec bombe, cette fois, thermonucléaires qui aurait pu entraîner le fin de ce monde…

– Nous refaisons souvent les mêmes expériences  en buttant sur les mêmes écueils… Nos erreurs ne sont pas toujours profitables… La société elle-même renouvelle ses erreurs, « l’histoire bégaie » !
– Les expériences peuvent nous emmener dans l’erreur. Si plusieurs expériences ont eu des résultats similaires, nous pouvons en tirer une règle générale. L’expérience doit toujours s’appuyer sur le raisonnement. Sommes-nous toujours sûrs que les mêmes effets ne sont pas le résultat de causes occasionnellement identiques.
–  « L’expérience est le nom qu’on donne à ses erreurs » (Oscar Wilde). Le choix d’un modèle de société n’a jamais été le résultat d’une science pure… Malgré l’expérience acquise, des civilisations « avancées » ont disparu !
– Toutes les expériences de la science fondamentale jusqu’aux applications tendent vers un progrès technologique exponentiel, un progrès dont nous profitons, mais elle doit rester au service de l’homme au-delà de ses seuls besoins, et désirs matériels, « il n’y a pas de progrès sans progrès social », et c’est là que se pose la question fondamentale : quelle société pour demain ?
– « Les sens sont notion de vérité », nous rappelle Épicure, nos expériences sont faites d’observations courantes, liées à nos sentiments, des joies, des pleurs…
– Une expérience sentimentale malheureuse, peut, à tout jamais diminuer, voire appauvrir notre aptitude à l’écoute des autres, à l’empathie ; cela peut appauvrir, diminuer notre aptitude à aimer.
– Nous l’avons dit les expériences malheureuses peuvent être utiles, les expériences heureuses le sont tout autant, on veut les renouveler…
– À ce jour, beaucoup de nos expériences sont dans notre travail, nos expériences ne nous enseignent pas toujours la sagesse… On se complique la vie…
– Si l’on est suffisamment pragmatique, les expériences malheureuses, comme les expériences heureuses peuvent avoir le même poids. L’expérience du bonheur, déjà nous apprend qu’il existe, c’est primordial, ça vous donne un élan… Si l’on n’a pas cette connaissance, on ne va pas à sa recherche pour construire l’avenir…
– Les optimistes, les volontaristes cherchent de nouvelles expériences, ils sont parfois ceux qui tirent l’humanité vers le haut, c’est parfois eux qui nous font connaître nos possibles collectifs. L’évolution due à l’expérience découle aussi de la volonté : « Faire ce que l’on veut est bien, pourvu qu’on sache vouloir ». Alain.
– Nous avons vu que nous sommes dans l’impossibilité de faire concorder évolution des technologies et évolution des sciences humaines, des expériences collectives. La première est accumulation des savoirs, la seconde dépend beaucoup de notre aptitude à transmettre l’expérience, dans le volume et la diversité… L’approche sera différente suivant les sociétés, les traditions ; le monde occidental s’inscrit dans un modèle progressiste, recherche de toujours plus de richesses, de biens de consommations… D’autres pays comme parfois en Afrique sont dans un système plus cyclique, qui s’inscrit dans l’ordre du temps, le cycle annuel. L’expérience est alors de retrouver, de transmettre l’expérience du geste pour assurer chaque année les récoltes…
– Les XVIIIe et XIXe siècles avaient connu une évolution lente mais régulière ; et il y a peu, on entendait « passe ton bac d’abord », mais tout va si vite (« Tout branle en ce monde ici bas », disait Montaigne) ; nous sommes passés dans « l’ère numérique », celles de connaissances techniques exponentielles, nous sommes de plus en plus en difficulté pour transmettre… Les expériences d’aujourd’hui parfois s’opposent aux expériences du passé, des jeunes nous l’ont montré avec l’essor des « Start up » !
– La question nous parle du présent, du passé, du futur. Notre évolution en conscience se situe en quatre temps : celui qui n’est plus – celui qui est déjà  là – (présent dans les esprits) celui qui est encore là – celui qui est à venir… « La vie est une leçon, quoiqu’il arrive, j’apprends ». Marguerite Yourcenar.

– Nous nous appuyons sur l’expérience de générations ayant vécu avant nous. Nous utilisons les expériences inscrites dans notre développement scientifique, technique, la belle œuvre du pont autoroutier de Millau, du cyclotron, du projet Iter (par exemple) est le résultat d’une multitude d’expériences qui remontent jusqu’à l’époque où les… C’est dans le domaine social où nous aurions le plus de difficultés a construire intelligemment en conservant tous les acquis des générations précédentes, nous en revenons toujours au même constat : la société ne peut changer, évoluer, que nous sommes capables de faire changer, évoluer, les individus qui la composent. « Il appartient à chaque génération de faire l’éducation de la génération suivante », (Kant), comme il appartient à chaque génération de faire ses expériences, d’être responsable tant à l’égard des générations passées que des générations futures.

– Des méthodes d’enseignement faisaient des expériences (comme l’école Freinet), pédagogie basée sur l’expression libre des enfants, les aidant à se construire sur un autre modèle, transmettant du savoir et du savoir être…
– L’expérience du passé n’a pas forcément généré la société que nous souhaitons… Des personnes refusent ce modèle de société… Interpellés, des politiques répondent : « donnez-nous un modèle de société zéro défaut » ! Comme si un citoyen tout seul pouvait avoir un projet tout ficelé, c’est nier le rôle de l’expérience, de la volonté d’évoluer… C’est refuser l’expérience des possibles…

Conclusion

Les cafés philo ont plusieurs années d’existence, beaucoup d’entre-nous les fréquentent depuis le début. Nous avons sûrement acquis un peu d’expérience quand à cette forme de débat, mais au-delà, avons-nous su tirer quelque enseignement de la confrontation de nos idées, de nos opinions, que nous ont apporté ces échanges. Sommes-nous mieux armés pour appréhender la vie ? Sommes-nous tous plus à même d’écouter et d’entendre l’autre ? En avons-nous tiré profit ?
Si l’on pouvait émettre un souhait quant à la finalité des cafés philo, c’est qu’ils nous apprennent l’Éclectisme : lorsque les sophistes avaient manipulés les mots et les concepts dans tous les sens jusqu’à les vider de tout sens. Lorsque les Stoïciens avaient observé, analysé, ces mêmes mots et concepts, que dans l’impossibilité de choisir, la suspension de jugement, l’épochè, ils avaient jetés ces mots et ces idées, alors l’Éclectique qui marchait toujours derrière eux, ramassait ces mots et ces concepts et gardait puis transmettait ceux qui lui avaient paru bons. Si comme les Éclectiques nous sommes capables de choisir dans les idées émises par chacun alors cette expérience aurait servi. La pratique de la philosophie, loin de nous faire rejeter nos convictions, nos valeurs, nous aura fait évoluer, en cherchant à connaître les différentes écoles philosophiques mais ne nous inscrivant dans aucune d’elles. C’est  alors qu’enrichis de ces expériences nous pourrions nous réclamer de cette sagesse première et nous dire éclectiques !

Author: adminopera

4 Responses to "L’expérience du passé sert-elle à vivre le présent, et à construire l’avenir ?"

  1. Pascal Posted on 13 novembre 2014 at 10 h 18 min

    Salam,

    La citation que vous avez associé au nom de votre association « Comprendre le passé pour mieux construire l’avenir … » m’a interepellé. Pourriez-vous m’indiquez d’où elle est tirée ?qui en est l’auteur ?
    Merci
    Pascal

  2. Pascal Posted on 26 novembre 2014 at 15 h 00 min

    Salam,

    Je n’ai pas eu de réponse quant à ma question précédente, pourriez-vous me donner l’auteur de cette citation, comme vous l’avez fait pour Ormesson, Valery, Wilde …
    Merci
    Pascal

  3. adminopera Posted on 27 novembre 2014 at 7 h 31 min

    Bonjour Pascal,

    Notre devise qui est « Comprendre le passé pour mieux construire l’avenir » est un dérivé de plusieurs citations de grands philosophes.

    Nous pouvons par exemple vous citer la citation de Nietzsche (1844-1900) :
    « L’homme de l’avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue. » ou encore celle d’Anselm Strauss :
    « Une psychologie sociale qui ne se focalise pas totalement sur l’Histoire est une psychologie aveugle » ou encore celle de Fustel de Coulanges : « L’histoire ne nous dira sans doute pas ce qu’il faut faire, mais elle
    nous aidera peut être à le trouver. »

    La devise de l’association OPÉRA est tirée de ces grandes citations, mais elle est aussi un ressenti personnel des membres qui composent l’association.

    Bien à vous,
    L’équipe OPÉRA

  4. Pascal Posted on 2 décembre 2014 at 16 h 48 min

    Salam adminopera,

    Entre temps j’ai retrouvé la citation qu’elle me rappelait -je l’ai vu il y a une dizaine d’années dans une autre association – vous verrez, elles sont assez proches
    « Se connecter sur le meilleur du passé avec ses derniers témoins, et sur le meilleur de l’avenir avec ses premiers artisans… »

    Merci

    Pascal

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